Dans cette situation inédite lors de laquelle les villes sont désertées et les déplacements réduits à leur strict minimum, les pouvoirs publics et les collectivités réfléchissent aux modalités d’un déconfinement qui permettrait de prolonger la distanciation sociale. Conscientes de cet impératif, nombreuses sont les villes qui ont choisi de moduler leur aménagement urbain et d’adapter les espaces de mobilité, faisant des alternatives douces la vedette du moment.

 

L’espace public en arrêt sur image

La période actuelle et le confinement qui y est associé nous amènent à faire face à un bouleversement des mobilités, avec un arrêt presque total de nos déplacements. Cette mise en suspens des déplacements impacte non seulement nos routines de vie et notre quotidien (le fameux « métro, boulot, dodo » prend des airs d’époque lointaine), mais également une certaine vision de l’espace public, qui donne souvent la priorité aux transports. En effet, nos repères dans la ville sont bien souvent les stations de métro et autres carrefours de lignes de bus. Ce sont essentiellement les itinéraires des lignes de transports publics qui permettent de structurer les grandes métropoles françaises.

Aujourd’hui, c’est à l’échelle mondiale que nous avons stoppé nos déplacements. Cet état de fait est particulièrement marquant en Inde, où 1,3 milliard d’habitants a été contraint de déserter les rues et axes routiers.

La crise que nous traversons, et plus particulièrement la perspective du déconfinement, ne seraient-elles pas l’occasion de redéfinir notre rapport à l’espace et à nos mobilités ?

En effet, il est désormais acquis que les transports publics ne seront pas en pleine capacité dès la sortie du confinement, dans un souci de prolongement du principe de distanciation sociale pour freiner la propagation du virus. Une grande part d’entre nous va donc devoir se reporter vers des modes de déplacement individuels, or si l’on considère qu’un report massif sur la voiture entraînerait un désastre écologique autant que d’immenses problèmes de circulation, le vélo apparaît comme étant la solution idéale.

 

Une aubaine pour les mobilités douces, saisie par les collectivités

Si nous ancrons notre réflexion dans les dynamiques de déplacements en contexte urbain (plutôt qu’en contexte moins dense, dans le cadre duquel la notion de proximité revêt une toute autre appréciation), il est frappant à quel point la pratique des mobilités douces (modes de transport respectueux de l’environnement, tels que la marche à pied, le vélo, la trottinette, etc.) a gagné du terrain ces dernières années, et ce particulièrement lors de la période de grève en décembre 2019 et janvier 2020. En effet, à Paris et en petite couronne, le service Vélib’ avait alors dû faire face à un afflux de 2 à 3 fois plus d’utilisateurs qu’en temps normal. Après les grèves, plutôt qu’un retour aux transports en commun, nombreux étaient les Parisiens ayant préféré continuer la pratique du vélo pour effectuer leurs trajets quotidiens.

De la même façon, il est fort probable que la sortie du confinement sonne le grand retour du vélo. Les collectivités se sont d’ores et déjà emparées du principe d’urbanisme tactique, qui correspond initialement à une pratique citoyenne lors de laquelle les riverains aménagent leur quartier sans compter sur les autorités. En effet, pour que le déconfinement se déroule le mieux possible, les collectivités conçoivent des plans d’urgence rapides à mettre en place, pouvant aisément être testés, mis à l’épreuve des pratiques de mobilités, corrigés et améliorés.

C’est ainsi que pour contenir l’épidémie, Bogota, la capitale colombienne, a créé 35 km de pistes cyclables provisoires. Dans cette même logique, la Ville de Berlin a pour sa part décidé de doubler la largeur de ses pistes cyclables pour être plus en mesure de répondre à l’augmentation du trafic vélo. Et les politiques franciliennes ne sont pas en reste. En effet, si dès l’année dernière, Île-de-France Mobilités encourageait déjà la pratique du vélo via une prime à l’achat d’un vélo électrique ou encore la mise en place de Véligo Location (un service de location longue durée de vélos électriques), l’imminente sortie du confinement marque un nouveau tournant pour la place du deux-roues en Île-de-France. Ainsi, Valérie Pécresse a annoncé que la Région Île-de-France était prête à financer 60% du projet « TempoRER vélo », conçu par les associations du collectif « Vélo Île-de-France ». Ce projet consiste à créer un réseau régional cyclable de neuf grands itinéraires reliés entre eux (dont par exemple un axe cyclable reliant la Défense au centre de Paris). L’aménagement du TempoRER vélo, dont les aménagements sont surnommés « coronapistes », débuterait dès le mois de mai. De telles « coronapistes », qui se manifesteraient à Paris par des boulevards entiers rendus aux habitants sous le signe du deux-roues, ont également déjà été annoncées par les Villes de Montpellier, Rennes, Nantes et de nombreuses autres.

Bien que ces mesures soient encore provisoires, elles constituent une vraie tendance qui pourrait annoncer un mouvement de réappropriation des mobilités douces, permettant de poursuivre la baisse significative des émissions de particules fines observée dans les grandes métropoles depuis le début du confinement.

 

La nécessité de repenser en profondeur les pratiques de mobilité

Pour les défenseurs du vélo, aujourd’hui est un moment clé pour accélérer les décisions politiques et le changement des pratiques de mobilité. Néanmoins, au-delà de se satisfaire d’un succès provisoire des pratiques de mobilité durable, il s’agit désormais pour les gouvernements et les élus locaux d’ancrer cette « vélorution » dans le long-terme pour en faire un véritable levier d’action face à la crise environnementale que nous traversons. En effet, la question est de savoir si les trottoirs élargis et autres pistes cyclables temporaires se transformeront en aménagements pérennes dans le temps. Cela dépendra essentiellement des usages qui en seront faits, car si le nombre de cyclistes ne se maintient pas sur la durée, la pression des automobilistes pourrait entraîner une fermeture de ces aménagements, conçus initialement pour servir de façon temporaire. Dans la bataille des mobilités, cette opportunité circonstancielle de lutter contre les modes polluants et ainsi favoriser les moyens de transport propres devra donc prouver sa légitimité via un profond changement de paradigme et des habitudes transformées.

Ce changement de paradigme ne se manifestera pas uniquement par un changement de mode pour les déplacements quotidiens. Il impliquera nécessairement de repenser profondément notre rapport aux échelles et à la proximité, pour, pourquoi pas, limiter l’étalement des villes et redonner de la valeur à ce qui existe tout près de nous. Une vie de quartier, vous disiez ?!

 

Sources :

https://www.franceinter.fr/emissions/le-virus-au-carre/le-virus-au-carre-27-mars-2020?fbclid=IwAR0G8QXXUgPS-zVeSYSiXLmFaAmDwPQJnRpvJLili9hwq1YDC5IrIamfW-8

http://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/ile-de-france-le-velo-piste-ideale-pour-les-deplacements-post-confinement-13-04-2020-8299014.php

http://blog.velib-metropole.fr/blog/2020/01/21/ou-sont-les-velib/

https://www.lci.fr/population/deconfinement-a-paris-les-grands-boulevards-transformes-en-pistes-cyclables-2150953.html

http://www.leparisien.fr/environnement/pollution-de-l-air-visualisez-l-impact-du-confinement-dans-les-grandes-villes-de-france-18-04-2020-8301771.php

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/24/ville-deconfinee-ville-cyclable-les-defenseurs-du-velo-preparent-la-bataille-des-mobilites_6037713_3244.html

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/04/22/en-ile-de-france-bientot-des-pistes-cyclables-special-deconfinement_6037449_823448.html