Il sera l’un des dommages collatéraux de l’épidémie de Covid 19 : le sens du toucher par lequel s’est notamment propagée la maladie va devenir un sens honni.

Les mains, même lavées au gel hydroalcoolique ou au savon une fois par heure (comme recommandé), vont demeurer comme le vecteur numéro 1 du mal, une fois la toux et les éternuements calmés par le retour des beaux jours.

Or ces mains sont largement nécessaires dans l’utilisation des modes de transport collectifs. Validation, préhension des barres et des poignées pour se maintenir en équilibre, ouverture des portes, etc., risquent d’être perçues comme des “conduites à risque” puisque effectuées sur des objets en partage avec tous les autres voyageurs.

Le sens tactile pourrait devenir à son tour un obstacle à l’usage du bus, du métro, du tram

Rejoignant le sens olfactif qui était déjà une objection à l’utilisation de modes collectifs (sans être formulé par l’immense majorité des non-voyageurs du fait des difficultés culturelles et/ou morales à l’exprimer), le sens tactile pourrait donc devenir à son tour un obstacle à l’usage du bus, du métro, du tram. Et ce sans parler de l’application nouvelle de la “distanciation sociale” que la fréquentation en heure de pointe ne permet évidemment pas sur la majorité des réseaux de France.

Le sujet peut paraître anecdotique à l’heure du confinement général qui touche le pays et des difficultés de service rencontrées par les différentes autorités organisatrices et les opérateurs.

L’expérience montre cependant que ce sont très souvent des “détails” qui motivent ou démotivent les usagers en capacité de se rabattre sur un autre mode (voiture notamment). Absence de ports USB dans les véhicules, état sanitaire lamentable des gares routières, sentiment d’insécurité donné par un éclairage faible, odeur, propreté perçue ou réelle, sont autant de bonnes raisons de retourner à sa voiture personnelle où ces paramètres sont a priori mieux maîtrisés.

Travailler sur le toucher dès aujourd’hui

Il faut donc dès aujourd’hui travailler avec les designers, avec les usagers, avec les conducteurs, avec les personnels d’entretien et tous ceux en contact au sens propre dans les réseaux de transport. Des solutions techniques, des messages d’information, des communications spécifiques doivent être mises en œuvre pour que le toucher ne devienne pas l’une de ces petites causes aux effets dévastateurs.

Dépasser la crise du Covid 19 ce sera aussi ça.